Brooklyn Bridge

Acrylique sur toile de coton ; 80x80 cm ; 2008

On a une vue toujours partielle de New York. La géométrie y est toujours fragmentée. [kle:r] a peint cet éclatement de la ville, constituée d’un fourmillement de quartiers, d’îlôts, d’immeubles, de réseaux, entre terre et eau.

Au centre de la toile, Brooklyn Bridge, avec ces deux arches et ses fils métalliques qui relient l’île au continent. Le pont filtre la lumière et la vision sur la ville, sans cesse morcelée, qu’on ne peut embrasser d’un coup d’oeil mais qui ne se découvre que peu à peu, comme une jungle.

[kle:r] a peint la frénésie, le bruit, le mouvement de la grande cité à l’aide de raclures de matières et de grands sillons énergiques qui traversent la toile, comme la ville et la vision de la ville sont traversés par les flux, l’eau, le bruit, la lumière. La toile est pleine de cette vie grouillante, de cette énergie, de ce côté plein, saturé de la ville agitée et bruyante, frénétique, rythmée.

Les contrastes d’ombre et de lumière, de brun opaque et de bleu sans nuances, correspondent parfaitement à la dualité de cette ville de béton et d’acier, où l’on peut vivre comme un rat, sans jamais voir le ciel, et où en même temps le bleu du ciel qui se reflète sur les immeubles, le gris de l’eau se réverbèrent à l’infini sur les parois de verre, les façades miroitantes, les structures métalliques. A New York, c’est à travers les reflets d’un immeuble à l’autre que l’on accède au ciel, intégré à l’architecture et à l'urbanisme.

L’avancée des losanges dans le coin inférieur de la toile, comme une ouverture, évoque la pointe vers Staten Island, cette image de la ville, ressemblant à la proue d’un navire, qu’avaient depuis l’océan les immigrés en quête de liberté. Car l’épaisseur historique de la ville apparaît dans le tableau de [kle:r], passionnée par le palimpseste de matière, la peinture comme archéologie et révélation des strates temporelles. L’artiste a travaillé la matière, utilisant les ressources plastiques de l’acrylique, matière épaisse ou glacis limpide, épaisseur d’une grande ville crasseuse et impénétrable et lumière d’une froide et lisse cité qui n’a cessé d’être mythique.

Détails :

 

 

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